
LE CERCLE DE PIERRE
ou deux décennies... d’Equinox

Avec le spectacle „Le Cercle de Pierre”, le Théâtre Equinox de Ploiesti a fêté non seulement, comme chaque année, l’équinoxe d’automne mais aussi deux décennies d’existence d’un mouvement théâtral qui s’est constitué dans une véritable et originale école. „Il n’y a pas, à ce que nous savons, un phénomène pareil autre part dans le pays. Il est d’autant plus nécessaire que le „phénomène de Ploiesti” soit connu et reconnu par notre mouvement théâtral, parce qu’il est significatif pour ce que l’on appelle une vision moderne, novatrice de l’exercice scénique” – écrivait le dramaturge Dumitru Solomon en 1987. Le fait que ces mots restent actuels même aujourd'hui est prouvé par le caractère synthétique de ce spectacle qui a présenté au public les constantes absolues de cette démarche théâtrale.
Construit d’une séquence d’évocations de quelques rites protoroumains imaginaires, le spectacle „le Cercle de Pierre” (dans un accord sublime avec les autres spectacles qui font partie de ce projet – Le Théâtre de la Mythologie Roumaine) révèle pendant une heure et demie son sens récupérateur dans la même mesure qu’il décourage pédagogiquement tout contact hâtif avec le symbole.
La compréhension du caractère ouvert mais orienté du symbole représente la chance d’un entendement parfait du message qui est la recherche du sacré. Une archéologie de ce qui est propre à l’être humain, dont les moyens sont les personnages sur la scène, la scène même (à demi située dans le public), le geste, la musique, les objets qui sont dans la même mesure humbles et fondamentales : la pierre, l’eau, le bois, le rameau, la feuille.
„…un symbole révèle toujours l’unité fondamentale de plusieurs zones du réel, apparemment irréductibles (…) Le raisonnement par symboles ne peut pas être remplacé par un autre type de raisonnement. Par l’entremise du symbole, l’homme, même l’homme contemporain (même s’il ne s’en rend pas compte) est ouvert vers le cosmos, vers le monde et vers sa propre existence. Comprendre un symbole c’est comme ouvrir une fenêtre vers un univers de significations qui autrement restent obscures, énigmatiques, même complètement ignorées.” Le pari du metteur en scène Mihai Vasile, responsable de cette aventure théâtrale qui dure, voila, depuis deux décennies, est fait en accord avec ces mots de Mircea Eliade.
Décomposées et recomposées sur la scène, des activités humaines essentielles comme le travail, l’amour, le sacrifice, le passage dans le monde au-delà, se montrent comme „rythmées” par un programme d’origine surhumaine que le spectateur est invite à pressentir, sans ostentation, d’une manière tout à fait naturelle qui est le résultat du long processus de raffinement du geste artistique. Religieux, mais à l’écart de toute confession identifiable par une institution, la démarche artistique des acteurs du Théâtre Equinox et de leur metteur en scène, scénariste, musicien, „mage”, Mihai Vasile, se situe dans cette zone de l’essentiel pour laquelle l’expérimentation est le plus sérieux et le plus profond acte de monde.
Arthur Teodorescu
(publiciste)
23 sept. 2000
LE SENS PROFOND DU MOT
Les spectacles de ce projet magnifique (j’ose le nommer unique dans la culture d’aujord’hui dans l’Europe), peuvent nous emmener de nouveau aux idées novatrices d’Artaud ou de Grotowski. Ce que j’ai vu ce soir au Théâtre Equinox est si troublant, si humain dans la religiosité avec laquelle cet art nous est présenté, que l’on peut entrevoir un avenir plus sûr de théâtre. Le metteur en scène Mihai Vasile a raison d’affirmer sans ambages que l’art du théâtre (que l’on peut considérer le plus vieux des arts) a besoin de cette perspective vers l’avenir, c’est-à-dire de ce passé mistérieux, qui est l’origine de toutes choses. Ce spectacle fascine qui que ce soit, n’importe le lieu d’où il vient ou la culture à laquelle il appartient, car là, d’où il tire sa sève, nous sommes tous dans le point zéro de l’humanité. Comme philologue, j’ose dire que ce language articulé que les acteurs ont employé, auquel s’ajoute la competence du metteur en scène d’expimer se idées clairement, je l’ai trouvé bien familier. Il n’a pas été nécessaire de le „traduire”, en dépit du fait que ma langue est soeur de la langue roumaine. Ces sons primordiales, ces gestes, ces attitudes essentielles ou, si vous voulez, primaires dans le sens profond du mot, nous donnent des frissons justement parce qu’elles touchent ce que l’humanité a de chacun de nous: une résonance aux sentiments purs qui de nos jours perdent peu a peu et sûrement leur valeur.
Je me considère privilegié pour avoir en cette magnifique chance de me trouver ici aujord’hui pour visioner ce spectacle!
Paolo Nicolini
(professeur universitaire - Italie)
23 sept. 2000