Un horizon

                toujours

                ouvert

 

           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

    Le Théâtre Equinox est un phénomène culturel. Une culture majeure – et la culture roumaine a tous les droits d’aspirer à ce titre – se permet en plus de continuer la direction „classique, académique”, de pratiquer l’expérimente, dans ce cas-ci, l’expérimente théâtral. Le simple enchaînement des spectacles prestigieux que le Théâtre Equinox a mis en scène, tout comme les prix importants qu’il a obtenus, remplirait, même brièvement présentés, beaucoup de pages. Mais je n’en parlerai pas, je parlerai du frisson théâtral, de la redécouverte de l’archaïque, des archétypes, de la descente dans la zone subtile où le langage est né, des lectures modernes, parfois paradoxales, de quelques textes classiques appartenant parmi d’autres à Eminescu, Caragiale, Nichita Stanescu.

    Et je parlerai d’une autre chose. Pour exister, un être a besoin d’une âme. Depuis 1980, l’âme du Théâtre Equinox s’appelle Mihai Vasile. Toute émulation, tout groupe spirituel, tout mouvement d’idées, quelque fécondes et pleines d’idées qu’elles soient, a besoin d’un ferment, d’un germe, d’un spiritus rector. Pour le théâtre Equnox, celui-ci est Mihai Vasile. Quelle force doit-on avoir pour qu’on puisse attirer les jeunes à côté de soi, mettre en scène des spectacles courageux et chargés de significations, remplir les salles sans se réjouir des ressources financières propres aux théâtres officiels, se tenir à l’écart de la censure communiste, dans une subtile complicité avec les esprits illuminés qui existent en tout système, même totalitaire!

    Le portefeuille de spectacles créés avant 1989 démontre une chose fascinante : la dictature n’a pas réussi à étrangler ni le talent, ni le courage, ni l’expérimente. Gagnant son état normal après la Révolution de 1989, voilà que le théâtre Equinox est confronté, après la censure communiste, avec la nouvelle censure économique d’une société qui se trouve dans une transition perpétuelle. Mais Mihai Vasile est un vieux combattant. Ce que le totalitarisme communiste n’a pas réussi à étouffer, le capitalisme sauvage n’a pas pu et ne pourra éteindre non plus. Sous des formes de plus en plus personnalisées, le Théâtre Equinox continue son expérimente spirituel, en ouvrant des portes nouvelle, s’arrêtant aux écrivains nouveaux, utilisant de nouveaux moyens.

    Ces nouvelles directions, en même temps anciennes, sont celles qui fascinent les spectateurs du Théâtre Equinox. Embarqués au bord d’un navire paradoxal, emportés par les magnifiques vagues de l’aventure, ils ont devant eux un horizon toujours ouvert. Quelque part, au gouvernail poli par de longues années de navigation sur des mers séduisantes et périlleuses, il y a un capitaine mince, éternellement jeune, même si ses efforts pour avancer par l’infini océan d’idées lui ont donné les cheveux grisonnants plus tôt qu’il ne faudrait. Et à leurs postes, grimpés aux mâts ou travaillant dans la cale, les membres de l’équipage – toujours d’autres et cependant les mêmes – le suivent dans ce que signifie, depuis longtemps une équipe. Le vent en poupe!

Florin Sicoie

(ecrivain) 2003